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MONUMENTS ALAOUITES
   
  Monuments d’Epoque Alaouite

Les Mechouars
Durant le seconde moitié du 18ème siècle, Marrakech, ruinée (après la défaite des Saadiens face aux Alaouites au milieu du 17ème siècle), fut entièrement restaurée par le souverain Alaouite Sidi Mohamed Ben Abdallah.
Rares sont les édifices civils, militaires ou religieux qui ne portent de nos jours encore l’empreinte de ce grand souverain bâtisseur. Nous retiendrons ici Le grand Méchouar et la Mosquée Berrima en tant qu’œuvre représentative de l’époque.
Le grand Méchouar est une vaste esplanade de 360 m x 180 m qui a été conçue pour les cérémonies d’allégeance et la réception solennelle des délégations nationales et étrangères. Au sud, dans l’axe de l’esplanade, s’élève la ‘Qoubbat Essaouira’, pavillon typique de l’architecture du 18ème siècle avec sa loggia à balustres encadrée par un arc surbaissé qui rappellent l’ouverture du Maroc à certaines forme de l’art européen du 18ème siècle. Le grand Méchouar a été restauré et réaménagé par feu Hassan II.
« Le pavillon que le dernier empereur(Sidi Mohamed Ben Abdallah) a nommé Mogador ( Essaouira) à cause de la prédilection qu’il avait pour cette ville, a un certain air de grandeur et de magnificence… on y voit plusieurs beaux appartements. Il y en a un fort grand, pavé en tuiles bleues et blanches et arrangées en échiquier. Le plafond qui est de bois peint est très singulièrement sculpté. Les murs de cet appartement sont en stuc ; on les a ornés de grands miroirs et de pendules placées avec symétrie dans des châssis de glace. Sidi Mohamed manifestait son goût pour ce pavillon, en s’y retirant souvent, soit pour ses plaisirs, soit pour y expédier ses affaires. »

La Mosquée Berrima
La Mosquée Berrima, oratoire officiel du Palais royal au 18ème siècle, est également l’œuvre de Sidi Mohamed ben Abdallah ; mais elle semble avoir été construite à l’époque où le futur souverain était khalifa (vice-roi) de Marrakech (1746-1757). Elle est le centre d’un complexe qui comportait en outre deux salles d’attente, une madraça, des latrines, etc. L’étonnante disposition de son plan qui, selon G.Deverdun « bouleverse toutes les données de la hiérarchie architecturale des mosquées », s’expliquerait par le fait qu’il s’agit d’un sanctuaire initial remanié et agrandi. Cette hypothèse est celle de H.Belarbi auquel nous empruntons l’explication suivante : « Il est vrai que cette mosquée revêt une forme particulière du fait de la disposition d’une salle de prière petite par rapport à une cour beaucoup plus vaste. Elle se singularise également par la structure intérieure de sa salle de prière. Ce n’est plus en effet, une répartition en un certain nombre de nefs disposées traditionnellement par rapport au mur de la qibla, mais en fait, un espace carré surmonté d’une grande coupole et entouré d’une galerie sur chacun de ses côtés. L’ensemble précède un vaisseau relativement large, parallèle au Mihrab »

La Zaouïa de Sidi Bel Abbas
« Grâce te soit rendue, ô Seigneur, pour l’esprit que Tu as redressé, l’intelligence que Tu as assistée ; pour l’assistance que tu as prêtée, je te rend grâce encore. Ta Magnanimité chaque jour renouvelée est débordante. Purifiés, Tes dons demeurent intarissables… Etonnantes ces mains fermées sur les biens que Tu leur a octroyés. Que ne se montrent-elles généreuses de Tes bienfaits ! » ( Extrait de l’oraison de Sidi Bel Abbas.)
La Zaouia de Sidi Bel Abbas est l’exemple le plus éloquent de la politique d’urbanisation des souverains Alaouites. Le quartier Sidi Bel Abbas s’articule autour du Mausolée. Cela reflète, au niveau de la cité, l’évolution des mentalités religieuses sur lesquelles l’emprise des confréries est devenue plus forte. En outre, l’ensemble de Sidi bel Abbas comporte des établissements d’assistance publique en rapport avec l’enseignement du saint. En effet Sidi bel Abbas, saint de la charité, ami des déshérités et des handicapés, n’a cessé depuis sa mort (en 1205) d’être l’objet d’une vénération de la part de toutes les catégories sociales. Son intégration officielle aux 17ème siècle au fameux pèlerinage des Sept Patrons protecteurs de la cité consacre un culte déjà fort ancien. Au début du 17ème siècle un embryon de quartier apparaît autour de sa tombe ; mais il faut attendre l’époque de Sidi Mohamed ben Abdellah (18ème siècle) pour que ce quartier prenne forme en s’ordonnant autour de la magistrale coupole du saint et de la mosquée voisine. A partir du milieu du 19ème siècle, les souverains Alaouites portent un intérêt particulier à l’aménagement de la Zaouia en la dotant d’édifices monumentaux d’une grande richesse décorative : Le souk des passementiers à l’entrée de la Zaouia…(1850) et la magnifique fontaine face au mausolée (1870). L’étude des éléments constituants l’ensemble n’a pas été systématiquement faite. Elle présenterait un très grand intérêt pour une meilleure connaissance de l’architecture et de l’art alaouites aux 18ème et 19ème siècles.

Le Menzeh.
Le Menzeh est un pavillon de plaisance érigé au milieu d’un jardin et comportant souvent un plan d’eau. Il se caractérise par une structure inversée par rapport au Riad ou maison traditionnelle : le patio intérieur y est remplacé par une salle couverte généralement voûtée, les galeries habituelles de l’intérieur se transforment en portiques à l’extérieur, les façades, tout en recevant un décor particulier, sont animées de loggia, de portes, de baies et parfois d’arcatures en bois ouvragé… Historiquement, ce type de Menzeh se développe à Marrakech au 19ème siècle. Celui de la Mènara, fondé en 1870, par le souverain Alaouite Sidi Mohamed ben Abderrahman, est un exemple caractéristique du genre. Placé au milieu d’une oliveraie, dans un site naturel d’une rare beauté, la Ménara est bordée au nord par le vaste bassin d’époque Almohade (12ème siècle) et jouit, côté sud, d’une vue exceptionnelle sur le Haut-Atlas. Ses façades sont ornées de motifs peints en ocre rouge sur enduit jaune suivant une technique et un style caractéristiques de Marrakech depuis sa fondation, mais très utilisé à partir du 18ème siècle. Le décor intérieur et le revêtement du sol sont sobres dans ce pavillon plutôt rustique.

Palais Bahia
« La grâce, la fantaisie, le hasard semblent avoir été les seuls architectes de ce lieu. C’est un dédale, une suite tout à fait désordonnée de cours de marbre et de jardins autour desquelles s’ouvrent des chambres d’un luxe céleste, angélique, avec de hautes portes qui montent jusqu’au toit, toutes peintes de fleurs, d’étoiles, d’arabesques… Des plafonds tantôt arrondis en dôme, tantôt en forme de carène, tantôt creusés de grottes d’ou descendent des stalactites d’or, d’azur, de vermillon, tantôt plats, traversés de cent poutrelles menues, toujours juchées de mille fleurs, merveilleux parterres aériens, qui ne connaissent pas de saison, et placés là-haut pour distraire une rêverie sans pensée. »
Une soixantaine d’immeubles volontairement groupés, semble-il, en une espèce de labyrinthe furent aménagés en palais, à la fin du 19ème siècle, par le chambellan (de Moulay Hassan et Moulay Abdelaziz) Ahmed ben Moussa dit ‘Ba Ahmed’. Sans plan pré-établi, la Bahia a eu pourtant deux ‘architectes’ : son fondateur pour la conception générale et les appartements privés et secrets ; les parties de réception ont été confiées à Mohamed al-Mekki surnommé ‘al-Mouhandis’ parce qu’il avait appris à établir des plans auprès d’un officier français. Les parties les plus remarquables sont : le Grand Riad construit en 1878 par le père du chambellan et remanié par ce dernier. Une très belle alcôve aux tons vieil or se trouve dans le salon principal de ce Riad ; la grande cour de marbre, encadrée par une colonnade en bois de style ‘italianisant’ renferme le plus important salon de réception du palais. Le petit Riad dit de la ‘Favorite’ (1898) est un véritable joyau par la finesse de sa décoration. Une ambiance d’intimité y règne, accentuée par une coupole vitrée et des claustras aux verres coloriés. Deux beaux salons en bois de cèdre peint s’intercalent entre les Ryad.
Sur le plan décoratif, les peintures sur bois qui illuminent les portes, les plafonds et les fenêtres occupent une place de choix dans l’art marocain du 19ème.
En voici une description par un visiteur turc du début du 20ème siècle : « L’hôtel de l’Effendi, ou premier ministre, était un des plus beaux de Marrakech (au sens de Maroc). Il avait deux étages, contre l’usage du pays, les appartements étaient arrangés avec goût… Les bains chauds et froids de cet hôtel réunissaient tout ce que l’on pouvait souhaiter en commodités et en agréments… Dans les jardins de L’Effendi, il y avait un grand pavillon ou l’on allait à couvert.. Le fond du pavillon était tout de glaces. Tous les appartements dont je viens de parler avaient des tapis superbes, beaucoup de glaces et des pendules d’un grand prix. »

D’après un texte de H. Triki

Les mots soulignés renvoient au lexique ou à d’autres pages culturelles

 

Notes culturelles:

MARRAKECH