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LA QASBA DE MARRAKECH
   
  La Qasba

Le souverain Almohade Yousouf fit construire au sud de la ville une forteresse achevée de nos jours par son successeur le Calife ( Yacqoub al-Mansour)… Il y avait là d’immenses vergers qui furent transformés en palais, mosquée, cathédrale, souks et caravansérails. Des commerçants furent attirés dans la grande ‘qaysaria’ qui n’a point son pareil dans aucune autre ville du monde musulman. A la fin de L’année 585 Hég. (1190 J.C), le Calife ordonna qu’on la peuplât.

La Qasba est une cité impériale fortifiée située au sud de la médina et dont la fondation remonte à l’époque Almohade, à la fin du 12ème siècle. De cette cité grandiose, il ne subsiste aujourd’hui que la mosquée avec son minaret, les portes principales de Bab Agnaou et Bab Robb, les grands bassins du jardin Agdal et des éléments de la muraille. Partiellement abandonnée après le 13ème siècle, la Qasba retrouve au 16ème siècle avec les Saadiens sa fonction de résidence royale qu’elle conserve depuis. A partir du milieu du 18ème siècle de grands travaux d’aménagement y sont entrepris par le souverain Alaouite Sidi Mohamed Ben Abdallâh et ses successeurs. A la fin du 19ème siècle s’élèvent de riches demeures privées hors l’enceinte de la Qasba, au nord : Les palais de la Bahia et Dar Si Said ; ce dernier, aménagé en musée, abrite d’importantes collections d’arts traditionnels du sud marocain.

De ces demeures un contemporains a écrit : « Il faut me contenter de dire que chacun de ces palais est indépendant, qu’il a ses habitants, ses jardins, son bain, ses écuries, ses eaux etc. Les maîtres du logis n’achètent rien de leur nourriture au marché. Les enfants n’étudient point à une école extérieure. Le maître sort de sa porte à cheval et nul œil étranger ne saurait le voir à pied. »

Bab Agnaou>
Œuvre de Yaqoub Al- Mansour ( fin 12ème siècle), Bab Agnaou, au nom énigmatique, est la porte intérieure principale de la Qasba Almohade. Située dans l’axe de la Grande Mosquée de même époque, cette porte, à l’allure monumentale, était destinée au grand public et avait pour cela une fonction plus décorative que défensive.
L’appareil de pierre et de brique est revêtu d’un décor à la fois rigoureux et recherché, sculpté dans un grés aux rares tons gris bleus : des festons à entrelacs soulignent les arcs successifs ; dans le champ des écoinçons se déploie autour de deux coquilles, un ample décor floral encadré par une très belle inscription coranique en caractères coufiques, qui invite les visiteurs à pénétrer dans ce siége du Pouvoir en tout quiétude : ‘Entrez-y avec le salut, paisibles…’
Les palmes, élément par excellence du décor Almohade, sculptées sur pierre sont ici groupées de part et d’autre d’un axe constitué par la tige. L’ensemble rappelle le vieux thème de l’arbre de vie.

La Mosquée de la Qasba
Construite entre 1185 et 1190, la mosquée de la Qasba était destinée à devenir le sanctuaire principal de la cité impériale. D’importantes restaurations au 16ème siècle l’ayant transformée, il est difficile de reconstituer les dispositions primitives et de retrouve le décor initial. Ses proportions demeurent cependant relativement importantes : 70.90 m x 77.50 m. Le plan présente des particularités originales que reflète notamment un rapport disproportionné entre une salle de prière peu profonde constituée de trois travées seulement et une cour très vaste subdivisée elle-même en une cour centrale et quatre cours latérales séparées par des arcades. Cette disposition particulière de la cour s’explique peut-être par le fait que la mosquée était le siége de cérémonies officielles nécessitant une organisation relevant d’un protocole spécial.
Le Mihrab dont l’encadrement est particulièrement ouvragé comporte en outre des colonnettes de jaspe couronnées de chapiteaux omeyyades.
Le minaret dont la structure et le fond du décor remontent au 12ème siècle à été à son tour totalement restauré. Son décor de réseaux d’entrelacs en relief ornés de faïence a servi de modèle à bien d’autres minarets tant à Marrakech que dans le reste du pays. Ses proportions équilibrées sont conformes à une très ancienne norme qui établit un rapport de 1 à 4 entre la base et la hauteur.

Le Mausolée des Saadiens
Ce somptueux monument est un mausolée royal attenant à la mosquée de la qasba et achevé à la fin du 16ème siècle par le sultan Saadien Ahmed al-Mansour. La partie principale se compose de trois salles communicantes entre elles : la salle du mihrab (lieu de prière), la salle dite des douze colonnes abritant la tombe d’Al Mansour et ses descendants, une troisième salle abritant trois niches finement décorées. Cette partie est dans son intégralité l’œuvre d’al-Mansour. Dans la cour se dresse, isolée du reste, la coupole de Lalla Mas’ouda, mère de ce souverain t où se trouve également la tombe du fondateur de la dynastie, Mohamed ech-Cheikh et celle de son fils Abdellah al-Ghalib Billah. C’est la partie la plus ancienne de l’ensemble ; elle a été cependant retouchée par Al-Mansour qui l’agrandit de deux loggias dont le linteau de cèdre ouvragé est porté par deux colonnes de marbre hautes et fines.
La salle du mihrab ou un parti pris de simplicité est manifeste, est recouverte de sept voûtes d’arêtes supportées par quatre colonnes de marbre. Le Mihrab et l’arc se trouvant dans son axe sont par contre remarquablement décorés, mais ce n’est qu’un prélude à l’exubérante richesse de décor de la salle des douze colonnes. Cette dernière, bâtie sur plan carré de 10 m de côté, est une coupole de cèdre sculpté portée par douze colonnes de marbre blanc italien et dont la répartition par trois à chaque angle engendre des arcs aux fines ciselures en stalactites. Les parties latérales de la salle sont recouvertes de plafonds ouvragés et dorés dont les caissons évoquent le style de la Renaissance italienne. Cette note italianisante ne saurait étonner ici car Al-Mansour, avant sa proclamation, avait passé plusieurs années en exil sur les rives méditerranéennes. Par ailleurs, en tant que souverain, il n’hésitait pas à faire appel aux artistes européens. Néanmoins, le mausolée des Saadiens demeure un chef-d’œuvre qui reflète la réalité historique de l’art marocain au 16ème siècle, réalité ou les traditions nationales se combinent avec l’apport des Morisques qui ont quitté l’Espagne pour le Maroc, celui des Ottomans et enfin l’apport européen.

Le Palais Al-Badii Plus de cinq cents colonnes de marbre carrare, une vingtaine de coupoles, une multitude de vasques au sol et à l’étage, un pavage en marqueterie de céramique, des broderies et tentures de soie aux franges calligraphiées de fil d’or, etc. Ainsi fut décrit le palais Badi (l’Incomparable) par les chroniqueurs marocains et les diplomates et voyageurs européens qui l’ont visité à la fin du 16ème siècle.
Ses vestiges représentent seulement la partie de réception d’un ensemble plus vaste édifié entre 1578 et 1594 sur ordre du sultan Saadien Ahmed al-Mansour. Cette partie, entièrement construite sur des galeries souterraines apparemment pour des raisons de circulation d’eau, présentait une ordonnance symétrique marquée par quatre pavillons principaux.
Le tout était disposé dans une cour immense de 135 m x 110 m. Le pavillon le plus haut, dont il reste d’imposants vestiges, attirait l’attention de Fichtali, historiographe d’al-Mansour, du fait qu’il n’était porté par aucune colonne ! D’après les descriptions très détaillées du même auteur, on peut imaginer sans peine que l’art déployé au Badii ne le cédait en rien à celui que l’on peut encore admirer au mausolée des Saadiens, également œuvre d’al-Mansour. Dans ses lignes générales, le plan semble avoir été une réplique grandiose de « la cour des lions » à l’Alhambra; mais la disposition des cinq bassins et des parterres fleuris est par contre originale. Original étaient aussi les dalles portées par des colonnes et qui permettaient d’accéder aux jets d’eau.
« L’eau courante, froide et chaude, est conduite du Hammam… par deux tuyaux principaux ( en cuivre rouge), l’un pour l’eau froide, l’autre pour l’eau chaude. Ils sont dotés de ‘ robinets’ qui, en un tour, livrent à volonté l’eau froide, chaude ou tiède… »
« Ce palais… est tapissé d’étoffes de soie de couleurs multiples… Des rideaux, des tentures et des tapisseries brodées d’or pendent…Les parois des qoubbas ( pavillons) reposent sur des colonnes de marbre veiné, dont les chapiteaux sont enduits d’or fondu. Le sol est pavé de dalles de marbre blanc… dont les joints sont artistiquement passés en noir. L’intérieur des qoubba est orné de dessins qui sont le plus souvent rehaussés d’or… »
« Al Mansour avait invité le peuple à venir dans son palais fortuné… on servait d’abord une première série de mets variés dans des plats de Malaga et de Valence et dans de la vaisselle admirable venant de la Turquie et de l’Inde… On apporta des aiguières et des bassins… avec des serviettes de lin brodées… des coupes d’or et d’argent étaient remplies d’eau de rose et d’eau de fleurs d’oranger, on y trempait de fraîches branches de myrtes avec lesquelles on aspergeait abondamment les convives »

D’après un texte de H. Triki

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Notes culturelles:

MARRAKECH