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Depuis son occupation de l’Algérie et de la Tunisie, la France n’eut de cesse qu’elle n’étendît sa domination au Maroc. Pour ce faire, elle devait, auparavant réunir le maximum d’information sur cette terra incognita.
Les reconnaissances entreprises par Caillé, Rohlfs et Lentz au cours de la première moitié du 19è. Siècle, permirent une moisson importante de données mais une partie importante du pays demeurait totalement inconnue. C’est cette dernière que Charles de Foucault parcurut pendant 12 mois, du 20 juin 1883 au 23 mai 1884.
Son périple fut le suivant :
1. De Tanger (où il débarqua en provenance d’Algérie) à Meknes (par une route qui passait à l’est de celles qui avaient été empruntées par ses prédecesseurs) en passant par Tetouan, Chaouen, Fes, Taza et Sefrou.
2. Traversée du moyen Atlas pour rejoindre Beni Mellal et parcourir la plaine du Tadla et le piémont nord du haut Atlas.
3. Traversée du haut Atlas à l’est des cols déjà explorés, en passant par Sidi Rahal, le col du Glaoui et aboutir à Ouarzazate.
4. Parcours de la portion encore inconnue du Sahara marocain entre le versant sud de l’anti-Atlas et l’oued Draa jusqu’au litoral atlantique.
5. Retour à l’est pour explorer le haut Draa et le Tafilalet.
6. Remontée de la Moulouya en passant par Debdou pour arriver à Oujda et de là repasser en Algérie.
Il parcourut ainsi plus de 2 000 km à pied, voyageant de jour et rédigeant de nuit, clandestinement, les informations glanées, sur un « cahier de 5 cm2 » au moyen d’un « craiyon de 2 cm ». Pour tout instrument de « navigation » et de levé il disposait d’une boussole et d’un baromètre. Il était déguisé en rabbin et voyageait en compagnie d’un rabbin authentique (Mardochée abi Serour) dont « l’office consistait à jurer partout que j’étais un rabbin, puis à se mettre en avant dans toutes les relations avec les indigènes…et à forger les histoires les plus fantastiques pour expliquer l’exhibition de mes instruments ».
A propos de son déguisement de Foucault s’explique ainsi :
« Il y a une portion du Maroc où on peut voyager sans déguisement mais elle est petite. Le pays se divise en deux parties : l’une soumise au sultan (blad el makhzen) où les Européens circulent en toute sécurité; l’autre quatre ou cinq fois plus vaste peuplée de tribus insoumises ou indépendantes (bled es siba), où personne ne voyage en sécurité et où les Européens ne sauraient pénetrer que travestis. Les cinq sixièmes du Maroc sont donc entièrement fermés aux Chrétiens ; ils ne peuvent y entrer que par la ruse et au péril de leur vie. Cette intolérance n’est pas causée par le fanatisme religieux ; elle a sa source dans un autre sentiment commun à tous les indigènes : pour eux un Européen voyageant dans leur pays ne peut être qu’un emissaire envoyé pour le reconnaître; il vient étudier le terrain en vue d’une invasion; c’est un espion[1]. On le tue comme tel, non comme infidèle…on craint le conquérant bien plus qu’on ne hait le Chrétien ».
Et pourquoi se déguiser en juif ?:
« Musulman ou juif ? coifferait on le turban ou le bonnet noir ? Caillé, Rohlfs, Lentz avaient tous opté pour le turban. Je me décidai pour le bonnet. Ce qui m’y porta surtout fut le souvenir des difficultés qu’avaient rencontrées ces voyageurs sous leur costume : l’obligation de mener la même vie que leur coreligionnaires, la présence continuelle de vrais Musulmans autour d’eux, les soupçons mêmes et la surveillance dont ils étaient l’objet furent un grave obstacle à leurs travaux… »
RECONNAISSANCE AU MAROC (1883-1884) que de Foucault rédigea après son périple, de 1885 à 1887, est une mine d’information sur le Maroc de la fin du XIX è. Siècle particulièrement la géographie (au sens large) et les coutumes locales des contrées traversées. Il lui valut la médaille d’or de la Société de Géographie de Paris. En plus des textes, l’ouvrage publié (en 1887 et réédité en 1934 et 1939), en deux volumes comporte des croquis (paysages, costumes, bijoux, armes…) et 19 planches cartographiques en couleur. Les reconnaissances effectuées plus tard, après que la France eût achevé ses desseins d’occupation du Maroc, par les missions scientifiques et militaires ont confirmé l’exactitude des descriptions (textuelles et graphiques) et la pertinence des commentaires de l’auteur.
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[1] Ce qui était précisement le cas
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