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Atlas et oasis[1] : les derniers endroits au monde où vivent encore les architectures berbères
Les montagnes et oasis du Maroc sont les derniers endroits au monde où on peut encore admirer et étudier la culture des Berbères, particulièrement leur tradition architecturale millénaire.
En effet, du 11ème au 12ème siècle, les Arabes (Hilaliens Soleimites et Maqiliens) furent envoyés par les Fatimides d’Egypte pour punir les Zirides de Kairouan qui avaient rejeté leur suzeraineté. Ces nomades furent cause de ruines innombrables. La vie sociale et la vie politique des berbères, peu modifiées par les invasions antérieures (romains, vandales, arabes), fut bouleversée par ces envahisseurs dont les Berbères adoptèrent le mode de vie nomade au Maghreb Central. La vie sédentaire, synonyme de tradition architecturale, fut chassée des plaines où « on ne trouve plus un seul foyer allumé et où on n’entend plus le chant du coq » (Ibn Khaldun).
Répartition spatiale des différents types d’architecture En gros la pierre sèche règne dans la montagne et le pisé dans les plaines alluviales (Haouz, Souss) et les oasis, avec des exceptions qu’expliquent la géographie ou l’Histoire.Architecture de pierre sèche
En dehors des plaines alluviales, partout la roche désagrégée par les conditions climatiques, affleure. Par surcroît, sur de vastes espaces, la pierre calcaire et l’eau manquent, empêchant ainsi l’usage du mortier de chaux pour lier les pierres. Et puis, dès que commence la zone d’enneigement, la construction en pierre, seule capable de résister, s’impose. Cependant l’aire d’extension de la construction en pierre s’étend au versant saharien de l’Atlas ou ni l’humidité ni la douceur du climat ne l’imposent. L’Histoire nous en donne l’explication (voir ci-après). Agadirs et Casbas
La « vie sociale morcelée et démocratique (des berbères) ne favorise pas les grandes constructions , l’architecture du sud est avant tout une architecture de maisons. Même la mosquée, présente dans tous les villages et parfois doublée d’une salle des hôtes, ne se distingue pas des autres constructions; elle ne possède presque jamais de minaret [2] . Mais on voit, tantôt dans la partie haute du village, tantôt sur quelque piton proche de hautes bâtisses de pierres sèches, qui sont les citadelles de ces villages. Beaucoup de ces agadirs (moyen et symbole de l’autonomie des taqbilts) ont été démolis par les grands caids qui ont soumis à leur autorité les tribus vers la fin du 19ème s. [3] , pour ériger à leur place des forteresses (moyen et symbole de leur propre puissance). « Afin de maintenir dans l’obéissance les montagnards hantés par des rêves de liberté. Les nouveaux maîtres et leurs lieutenants jugeaient plus prudents d’habiter de solides forteresses à l’abri de l’ émeute. Si les plus modestes ne furent que des maisons fortifiées et continuèrent selon la tradition locale à se bâtir en pierres, les grands chefs n’ont pas tardé à importer des architectures étrangères … de Marrakech».(E. Laoust, Les kasbas....).
Les techniques de construction
Murs verticaux pour les petites constructions, murs à talus dès que la hauteur s’élève. Parfois, les moellons sont maçonnées avec un mortier de terre et de cailloutis; ailleurs enduits intérieurs (et rarement extérieurs) bouchent les interstices. Les moellons sont toujours de taille moyenne (manipulables par un homme). Seuls les murs d’enceinte comportent des pierres de grandes dimensions (les remparts de la kasba de Zagora en comportent de plus de 2 mètres de longueur).« Le moellon est utilisé tel quel, la face la mieux dressée en parement…les chleuhs sont passés maîtres dans l’art d’utiliser au mieux des matériaux de forme et de taille différentes : ils combinent et compensent avec une étonnante habileté les irrégularités de leurs moellons bruts. Bien loin d’imposer une forme à la matière, ils l’acceptent telle qu’elle est et suivent ses fantaisies. Ils ne triomphent de ces matériaux rebelles qu’à force de souplesse et d’apparente docilité ».(E. Laoust, Les kasbas....).
La présence de la pierre taillée chez les tribus proches de Marrakech (Mesfioua par exemple.) ne peut s’expliquer que par l’influence citadine de Marrakech. L’arc est presque ignoré de cette architecture. Et là encore seule la proximité de Marrakech pourrait expliquer sa présence chez certaines tribus. La voûte est inconnue. L’encorbellement est rudimentaire. On trouve quelques encadrements en saillie et quelques corniches chez les M’gouna et les Mesfiouia et des bretèches (balcons à mâchicoulis, loggia) dans les agadirs du Siroua et de l’anti-Atlas.
L’usage du bois
Cette architecture de pierre sèche suppose l’usage du bois. De fait c’est une architecture mixte, et le fut bien plus par le passé quand les forêts étaient plus denses et étendues. Aujourd’hui encore le bois entre dans la construction des murs sous forme de longrines et de boutisses. Les linteaux des ouvertures, d’une certaine largeur, sont en bois. Lorsque la maison comporte un patio ou des galeries extérieures, des troncs d’arbre servent de colonnes aux portiques. Elles sont surmontées de simples semelles ou de chapiteaux attestant d’influences venues de la Méditerranée orientale. Sur les semelles, les chapiteaux et linteaux en bois se voient des décors géométriques incisés, parfois peints, à base de losanges et de chevrons. Les Berbères ne savent pas assembler une ferme et tous leurs toit sont en terrasse. Des troncs d’arbres ou madriers sont déposés sur les sommets des murs qu’ils dépassent de leurs extrémités. Perpendiculairement à ces poutres on dispose des branchages et par dessus une couche de terre (mélange d’argile et de graviers) damée, légèrement en pente. Des réfections régulières sont nécessaires pour que le toit assure une relative étanchéité. Le débordement de la toiture par rapport aux murs suffit à protéger les murs des ruissellements de la toiture. Après chaque chute de neige importante le déblayement des toitures s’impose sous peine d’effondrement de celles-ci. Les ouvertures sont rares : en dehors de la porte (de modeste dimensions) on ne voit que d’étroites ouvertures. Des encorbellements en faible saillie supportés par des pièces de bois fichées dans les murs ornent parfois les murs.
Conclusion
Ainsi les matériaux fournis par le sol et par la végétation sont employés tels quels ou transformés au minimum. Tout Berbère apprend dès l’enfance à bâtir. Chacun d’eux est capable de réaliser et d’entretenir sa maison. Les gens du métier ne deviennent nécessaires que lorsqu’il s’agit d'édifier la maison du chef ou l’agadir de la communauté.
Les mots soulignés renvoient soit au lexique, soit aux pages culturelles liées à celle-ci
[1] Ouvrage de référence : Kasbas Berbères de l’Atlas et des oasis. Henri Terrasse 1938. Les citations extraites de cet ouvrage sont en italique (sauf indication d’une autre source)
[2] Ce n’est plus vrai aujourd’hui où, de plus en plus souvent, même les village modestes possèdent des mosquées ostentatoires avec minarets et hauts parleurs.
[3] en vertu d’un dicton de l’époque qui dit qu’un sac vide ne tient pas debout…
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