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LES GRNIERS-CITADELLES (AGADIRS)
   
 

Le grenier-citadelle est un vaste édifice où des peuples archaïques mettent encore aujourd’hui leurs biens en sûreté ; monument de tribu ou de clan, où chaque chef de famille possède une case distincte, il servait jadis de refuge aux femmes, aux enfants et aux troupeaux. L’entrepôt est mis sous la vigilance d’un portier …Ce magasin, ceint de remparts, est aussi château fort …situé en un point stratégique dont il commande le passage.

L’appellation de grenier collectif ne signifie nullement mise en commun des récoltes, alors qu’il ne s’agit de la réunion de cases particulières ( dans un lieu favorable à la conservation des produits, plusieurs années si nécessaire et pour la protection duquel peuvent être mobilisées tous les moyens du clan.)

C’est une institution purement berbère et montagnarde. Il n’existe pas de grenier-citadelle en plaine (où les récoltes sont conservées dans des silos) pour la raison simple que la sécurité y a toujours été mieux assurée par le makhzen.

Ces édifices portent en général d’appellation de « IGHERM » et « TIGHREMT » (diminutif) dans le Moyen Atlas et le Haut Atlas central. Dans le Haut Atlas Occidental l’appellation devient « AGADIR » et « TAGADIRT » (diminutif). A noter, toutefois, que ces termes désignent également toute construction fortifiée (y compris un hameau) destinée à protéger le clan (corps et biens) contre toute agression extérieure.

La construction du grenier collectif et sa maintenance sont financées par un fond commun du clan (ensemble de villages) auquel il appartient. La construction nécessite l’intervention de spécialistes (étrangers au clan si celui-ci n’en dispose pas), cependant les cases individuelles sont aménagées par les propriétaires eux-mêmes.

Le grenier-citadelle comporte en règle générale une case par foyer ; cependant il arrive que plusieurs foyers (pauvres) partagent la même case alors que d’autres (riches) en possèdent plus d’une. [2] Son accès est, en règle générale, interdit aux juifs et aux femmes [3] .

Le grenier-citadelle est géré par le conseil du clan composé de six à huit chefs de famille, choisis parmi les plus en vue (richesse, sagesse, moralité…) sous l’autorité d’un chef désigné par le conseil.

Le conseil assure la police de l’édifice : il juge et punit toute infraction (les vols sont punis de châtiments corporels voire d’exclusion du groupe) [4] . Pour les greniers les plus importants, les règles de gestion étaient consignées dans une charte [5] (on dit parfois « coutumier » ou ORF). Bien plus que simple code de gestion du grenier ces coutumiers semblent avoir été des « constitutions » (jurisprudentielles) qui couvraient tout le fonctionnement des groupes qui en relevaient. Ce qui montre le rôle central des greniers collectif dans la vie du groupe qui en dépendait et auquel il s’identifiait.

En fait l’AGADIR était le symbole de l’indépendance du groupe (non dépendance vis à vis d’un autre groupe pour sa survie). Les grands caids qui, à la fin du XIX è siècle, ont réussi à établir leur autorité sur presque toutes les vallées de la montagne ont détruit en masse les monuments qui exprimaient leur autonomie » (H. Terrasse, Kasbas berbères).

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[1] ouvrage de référence « GRENIERS-CITADELLES AU MAROC » par DJ. Jacques Meunié publié par L’ INSTITUT DES HAUTES ETUDES MAROCAINES, Rabat 1952. Les citations sont en italique.

[2] Ce qui contredit l’image d’égalitarisme de ces groupes sociaux que certains auteurs leur attribuent.

[3] En contradiction avec les affirmations de certains auteurs relativement au statut (privilégié) des femmes et de l’égalité de statut des juifs et des musulmans, dans la société berbère.

[4] Certaines tribus allaient jusqu’à pendre les voleurs ou à les précipiter du haut d’une falaise. Une telle cruauté se justifiait probablement par le caractère sacré de l’édifice.

[5] le coutumier des Ikounka (tribu à la lisière de l’Anti-Atlas et du Sous) étudié par R. Montagne en 1924 remonte à la fin du XVIè.siècle. Il en existerait du début du XVIè. .

 

Notes culturelles:

ORGANISATION POLITICO-SOCIALE DES BERBERES DU HAUT ET DE L’ANTI-ATLAS