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CAIDALISME
   
 

Forme d’organisation de la société rurale au Maroc de la fin du XIXè. siècle à l’indépendance en 1956 (P. Pascon 1972).

Le caidalisme est-il le sous-produit du colonialisme, comme certains l’affirment ? Pas tout à fait car si l’ascension vertigineuse des grands caids de la région de Marrakech a été rendue possible par la menace coloniale et facilitée, ensuite, par la France une fois installée (politique dite des grands caids); le caidalisme n’est pas entièrement une création du colonialisme.

En effet, de tous temps, le makhzen prélevait l’impôt canonique (la zakat) sur les tribus et les obligeait à fournir des hommes en armes (cavaliers et fantassins et de quoi les entretenir) pour soumettre des tribus dissidentes (qui refusent de payer l’impôt et de fournir des contingents), réduire un prétendant au trône ou une zaouia rebelle…Et pour cela il passait par l’amghar, chef traditionnel choisi par sa tribu.

La menace étrangère de la fin du XIX ème, eut pour conséquence une plus grande pression exercée sur les tribus [1] (plus d’impôts pour acheter des armes et payer la dette publique, plus de combattants et de quoi les entretenir) pour faire face à cette menace. Le makhzen avait donc besoin d’un relais plus efficace pour lever les nouveaux impôts et enrôler plus de contingents. Il lui fallait des hommes à lui et non plus des intermédiaires plus solidaires des tribus que de sa cause. Ce sont les amghars devenus caids, plus agents du makhzen que contribules. C’est à partir de ce moment que l’institution caidale revêt la forme tyrannique qui lui a été associée depuis lors.

En d’autres termes, les caids étaient (déjà du temps de Moulay Ismael) des amghars désignés par leurs contribules. Leur fonction était de représenter ceux-ci auprès du makhzen qui, de son côté, les reconnaissait en tant que tels en les investissant, par Dahir , de la fonction makhzenienne de Caid. Ils percevaient l’impôt canonique (au nom du makhzen à qui ils en reversaient une partie), et entretenaient des troupes qui servaient à razzier leurs voisins quand elles n’étaient pas engagées dans des harkas du makhzen pour soumettre des tribus dissidentes….

Après le milieu du XIX è., on peut dire que la fonction de Caid (representant du makhzen) prit le pas sur celle d’amghar qui ne disparaît pas [2] , avec la nomination de caids à la tête de tribus avec lesquelles ils n’avaient pas d’attache( 3). Le makhzen leur concéda une partie de l’impôt qu’ils collectaient et toléra qu’ils utilisassentent leur nouveaux pouvoirs pour soumettre d’autres groupes et s’enrichir.

Au lieu de conforter le makhzen et de le sauver de la menace coloniale, cette politique précipita sa ruine : plus de pression sur les tribus =>plus de révoltes => plus de prélévements sur la production des campagnes et même de destruction systématique pour réduire les révoltes (un sac vide ne tient pas debout [4] )=> appauvrissement du pays et du makhzen =>plus de dettes etc…

On peut donc admettre que l’institution caidale remonte au moins aussi loin que le début du XVIII ème siècle, mais qu’elle connut deux confortements majeurs : le premier sous Moulay Abderrahmane dû à la menace coloniale et l’endettement de l’Etat, le second (encore plus important) avec la colonisation.

[1] En plus de la zakat, les tribus furent assujetties aux impôts et corvées suivantes :
-- Farida (impôt en principe exceptionnel levé pour payer la dette étrangère)
--Mouna (prélèvement en nature pou l’entretien des troupes du makhzen en campagne
-- Hedya : offrande au Caid à l’occasion des fêtes (lequel à son tour devait presenter sa hedya au sultan)
-- Kulfa ou touiza (travail obligatoire non rémunéré sur les terres du Caid et du makhzen).

[2] Comme l’atteste les événements suivants : au début des années 1900, Issa ben Omar El Abdi , caid des Abda (région de Safi) et des Doukkala (région d’El Jadida) est arrêté et envoyé au bagne (sur une ile au large d’Essaouira) par Moulay Abdel Aziz. Bagne où le-dit caid avait coutume d’emprisonner ses « sujets » des Abda comme ceux des Doukkala. Ces derniers voulurent molester l’infortuné caid mais les bagnards des Abda prirent sa défense (alors que c’était lui qui les avait fait enfermer) se montrant ainsi plus solidaires de leur bourreau (mais contribule) que de leur compagnons d’infortune.

[3] P. Pascon signale qu’aucun des grands caids (Glaoui, Mtouggi, Goundafi) n’est issu de la tribu à la tête de laquelle il a été établi. Mais par la suite ils avaient été « assimilés » par ces tribus contrairement à celles (plus nombreuses) qu’ils ont « annexées ».

[4] dicton de l’époque


 

Notes culturelles:

LES GLAOUIS
LA POLITIQUE DITE
TAYEB EL GOUNDAFI